Hommage à Monsieur Camille DAMEGO-MANDEU

Actualités - 24/09/2018

 

HOMMAGE A MONSIEUR Camille DAMEGO-MANDEU

Eglise Sainte Brigide-et-Sainte -Maure

Nogent sur Oise 

Lundi 24 Septembre 2018

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Dans le journal centrafricain « L’HIRONDELLE N° 2777 du 20 mars 2012 », je publiais du vivant donc de ce Grand Homme   qui gît pour l’éternité, un article intitulé « Journée Internationale de la Francophonie  - Révérence à l’enseignant ».

J’écrivais entre autres, ceci que je partage, en citation libre, lors de cette circonstance d’au revoir avec la famille et vous tous ici présents :

Les valeurs souhaitées saines dans une société viennent d’abord de la cellule familiale ; mais, c’est surtout à l’école que ces valeurs s’agrègent à celles plus larges de la République qui veulent l’acceptation de l’autre et qui sont la tolérance, la solidarité. Le tamisage de ces valeurs relève alors du maître qui est en même temps le liant. La qualité de cette sélection et du liant indique le mérite de l’enseignant puisque le résultat de cette agrégation est censé produire de la valeur plus ou moins élevée.

Cette fonction de dispenser le savoir et la bonne conduite est ainsi d’autant plus lourde et délicate que l’esprit est jeune. Il n’est pas évident de pallier parfois l’autorité parentale, éveiller la curiosité de l’enfant, déceler ses points forts et faibles, de ne pas le heurter, lui faire prendre confiance, lui inculquer la discipline avec la sanction juste, l’éduquer à vivre en commun, c'est-à-dire former l’enfant à être le citoyen de demain, responsable.

Ainsi, quel que soit notre statut, nous le devons avant tout quelque part à un Enseignant qui est ainsi le guide du présent et du futur d’un pays. En effet, de la densité et de l’étendue du bon savoir qui allie la connaissance au comment vivre dépend la construction d’une nation par des femmes et des hommes bien instruits dans leur domaine mais également bien instruits de ce sens de la solidarité sans lequel un Etat n’est Etat que de nom.

C’est pourquoi, je suis convaincu que dans ceux qui ont eu l’immense privilège d’aller à l’école, gisent également …. La fierté, la reconnaissance et l’affection à l’égard d’un maître, d’un professeur et surtout le respect. Respect qui résulte de l’autorité de posséder la connaissance et la manière de la transmettre, mais également considération qui tient de la conduite de l’Enseignant dans la cité. 

Du long chemin qui m’a mené du CP1, assis en plein air sur une brique ou un tronc d’arbre sous les acacias au quartier Borro à Bossangoa, à l’université à Brazzaville, Caen et Paris me reviennent quelques noms que je limiterai au primaire et au lycée. 

Au primaire, j’aurais tant voulu connaître le nom du maître du CP1 qui m’a guidé à former mes premiers A, B, C…, à compter avec les bâtonnets mais j’étais trop jeune. Cependant, de cette période, je me remémore notamment maîtres, YAKIZI Léon au CE2, SOKAMBI Bernard au Cm1 et surtout DAMEGO-MANDEU au CM2 sous l’autorité duquel j’ai passé mon concours d’entrée en sixième. 

Maître DAMEGO-MANDEU dénotait sur les autres par sa jeunesse que contredisaient sa science et cette manière câline c’est à dire douce mais ferme    de la partager qui incitait la confiance, par cette prestance et élégance qui forçait l’admiration et vous donnait l’envie de devenir aussi instituteur. De la distinction donc.

Cher Maître, je vous livre ce fait, anodin pour vous mais qui a marqué et incité l’élève que j’étais.  Je suis venu chez vous un samedi quand vous habitiez le camp des maîtres à l’école GOMBE, votre maison de fonction existe toujours, vous étiez déjà entouré d’autres élèves. Dès que je fus à portée de voix, vous vous êtes adressé à eux en disant que « Gbézéra lui le sait ».

 Il s’agissait de donner le sens du mot « lapider » qu’ignoraient mes collègues. Vous étiez tellement sûr que ce mot ne pouvait pas m’être étranger que j’ai eu grand’ honte en vous avouant mon ignorance. Vous avez expliqué le mot mais j’ai vu dans vos yeux plus qu’une déception, un reproche comme si quelque part, je vous avais trahi.

    En effet, vous saviez que j’avais, par rapport à mes collègues, quelque vocabulaire. La fréquentation des enfants de l’Administrateur BELLOT m’a donné très tôt le goût de la lecture qui, depuis, est ma compagne. Grâce à ces enfants, je disposais d’une petite bibliothèque de bandes dessinées avec Blek le Rock, Butch Cassidy, Zorro, Fanfan La Tulipe …mais j’étais aussi, à cette prime jeunesse à Bossangoa, un rat de la bibliothèque de l’Eglise Catholique qui avait déjà épuisé la série des Tintin, Kizito, etc... 

L’une des conséquences notables de cette honte, Cher Maître, a été celle de commencer alors à créer mon dictionnaire personnel de mots difficiles et à consigner les bonnes phrases. Plus tard à l’université et longtemps après, l’un de nos passe-temps favoris était aussi, avec mon épouse, de découper des articles dans les journaux dont la relecture nous redonnait un bain de jouvence et continue de le faire pour moi. En ce sens, les « au Jour le Jour » de Robert Escarpit dans le journal « le Monde » comme les croquis de Faizant ou de Plantu sont un délice comme sont parfois un plaisir et d’un intérêt certain les éditoriaux des journaux centrafricains comme « le Citoyen » et « l’Hirondelle ».

Merci, Chers Maîtres de l’école primaire, de m’avoir appris à lire, à compter, à me concentrer, à rédiger, à me mettre en rang et à chanter comme j’aime bien le faire surtout de fredonner cet air qui se termine par « laborieux, on est heureux, les paresseux sont malheureux » que mes enfants connaissent. Au demeurant habitant face à l’école des « 36 villas », j’accompagne, le matin, de chez moi, les élèves car, ils chantent souvent les airs de mon enfance.

C’est dire que vous m’avez accompagné pendant toute ma vie primaire, lycéenne, universitaire et active.

Voilà, entres autres comme je l’ai dit plus haut, ce que j’ai écrit du vivant de mon Maitre. Je suis comblé qu’il ait lu ce témoignage que je lui ai rendu et à travers lui à tous les enseignants !

Cher Maitre,

La curieuse randonnée de l’homme sur cette terre a fait croiser nos chemins en de ces rencontres heureuses qui vous marquent de manière indélébile. Et me voici devant vous, triste mais habité d’une grande fierté et respect d’avoir été enseigné par Vous.

Vous avez incarné, dans toute sa plénitude, une fonction de grande « noblesse, celle de modeler la partie la plus élevée, aristocratique de notre corps, l’esprit ».

Merci d’avoir modelé le mien et aussi de m’avoir toujours témoigné de la sympathie.

L’élève GBEZERA-BRIA vous salue bien bas et vous dit aurevoir Monsieur.