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Actualités - 19/12/2020

MESSE EN LA MEMOIRE DU PERE YVES GAUTIER

PAROISSE NOTRE DAME DE LOURDES

VILLENEUVE SAINT GEORGES

SAMEDI 19 DECEMBRE 2020

 

Mot de SEMA Michel GBEZERA-BRIA

 

Messieurs les Membres du Clergé Officiant,

Mesdames et Messieurs de la Chorale,

Amis de la République Centrafricaine !

Mes bien Chers Compatriotes,

 

Un constat : toutes les institutions sont incarnées par des Femmes et des Hommes qui, par leur conduite, leur dévouement, leur exemplarité donnent chair et vie aux valeurs que ces institutions sont censées représenter.

Sinon celles-ci institutions, quelles qu’elles soient, se vidant de leur sens, deviennent sujets de graves interrogations si elles ne sont pas elles –même devenues des repoussoirs dont on se détourne.

Rien ne vaut que de faire apprendre c'est-à-dire combattre l’ignorance, ce grand mal, faire prendre confiance en soi.  Rien ne vaut non plus que soigner c’est à dire préserver la vie, don unique et irremplaçable.

 Ces deux domaines sont, me semble-t-il, par excellence ceux de la charité et qui renforcent l’espérance. Ils sont dans un langage laïc, les domaines de la solidarité nationale avec la protection du citoyen et de son territoire. C’est la mission principale d’un Etat qui a de la volonté. En effet, l’égalité des chances pour les enfants d’un pays sont au prix de l’éducation et de la santé pour eux.

C’est alors ici que vient mon second constat : celui de relever combien cette institution, l’Eglise catholique, a fait montre d’exemple, de guide notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation non seulement éducation théorique mais également pratique dans la formation à des métiers comme ce que fait la congrégation Don Bosco à Bangui.

Cela parce que des Femmes et des Hommes, par le don de soi, ont su porter et portent les valeurs de l’Eglise Catholique, charité et espérance. Ils ont consacré leur vie à d’autres Femmes et Hommes et surtout aux plus jeunes en leur apportant la lumière du savoir et en leur sauvant la vie c'est-à-dire leur donnant confiance en soi dans la vie qui sera la leur.

De famille protestante et protestant moi-même, j’étais dans mon enfance à Bossangoa un rat de la bibliothèque de l’Eglise catholique. Ce rat avait notamment épuisé la série des Tintin et Kizito avant d’entrer au lycée ; ce rat a aussi appris à lire les journaux comme la Semaine Africaine. Plus tard, l’Abbé Métra, aumônier au lycée Barthélémy Boganda, m’a initié avec certains de mes collègues, à décortiquer dans des cinéclubs, un film. Visionner un film, c’est être notamment attentif à la musique, au paysage, aux acteurs, aux paroles et postures et bien sûr pour en tirer la leçon principale.

L’une des salles du bâtiment St Louis à côté de la Cathédrale de Bangui et une salle de l’église St Sauveur à Sica 2 étaient affectées aux ciné-clubs généralement le samedi après-midi.  Pendant les grandes vacances, avec le concours de l’Eglise, nous récréions ces séances des cinés clubs dans l’édifice Monseigneur Chambon de Bossangoa faisant bénéficier aux autres jeunes gens les leçons de l’Abbé Métra.

J’ai été louveteau, appris à vivre en groupe et être toujours prêts. J’ai appris et récité le Notre Père en latin à l’école primaire et plus tard, je serai même membre du mouvement de St Vincent de Paul.

C’est dire combien l’Eglise Catholique a aussi contribué à ma formation, à mon ouverture d’esprit comme celle des autres enfants de la République Centrafricaine.

Comme partout ailleurs, l’école catholique donnait le change à l’école publique avant sa suppression comme elle recommence, avec son retour, à donner le change même dans l’enseignement supérieur.

En conséquence, je puis affirmer que les prêtres m’étaient, en quelque sorte, plus proches dans mon enfance et jeunesse que les pasteurs de mon temple évangélique notamment de Bossangoa.

 D’ailleurs, cette proximité continue et c’est l’occasion pour moi, Ambassadeur en France de dire un bien grand merci à cette Eglise Catholique qui, depuis plus de quatre ans, n’a cessé de diverses manières de tendre la main à mes collaborateurs et à moi dans l’accomplissement de notre mission de représenter la République Centrafricaine.

Merci Mgr NDAYEN, Archevêque Emérite de Bangui

Merci Père Irénée, merci Père Yérima et leurs paroissiens

Merci à ces prêtres d’autres paroisses qui sont toujours avec nous comme le Père Cyprien ou occasionnellement le Père Philibert.

Merci à notre chorale.

Prêtre c'est-à-dire qui rend présent parmi les Hommes le Christ et son message, de charité et d’espérance. Yves Gautier était de ces Hommes, représentatif de l’institution catholique qui est aussi mienne.

De la Congrégation du Saint Esprit né en 1925, prêtre en 1950, le Père Gautier arrive en Oubangui-Chari la même année de 1950 c'est-à-dire à 25 ans. Il se verra confier notamment les missions suivantes : vicaire puis curé à la cathédrale de Bangui, supérieur du séminaire interdiocésain St Paul, curé aux Mbrés dans la préfecture de Kaga-Bandoro, procure diocésaine à St Paul, curé à Lakouanga, aumônier du Lycée Boganda, Supérieur principal de District, curé à la Cathédrale Notre Dame et Vicaire général, responsable de « Caritas Bangui et Vicaire général avec résidence à St Paul. A ce dernier titre il s’est occupé des malades atteint du Sida entre autres tâches de solidarité envers les plus faibles d’entre nous.

Oui, le Père Gautier était avec et surtout parmi les Oubanguiennes et Oubanguiens puis des Centrafricaines et Centrafricains pendant   plus de soixante ans. Rentré en France en 2012, il aura consacré la presque totalité de son sacerdoce dans notre Pays.

La proximité que veut la prêtrise avec les personnes auxquelles il faut apporter la Parole Sainte, la fonction d’enseignant et celle de contribuer à préserver la santé ainsi que ce long séjour chez nous a rendu le visage du Père Gautier si familier du paysage Centrafricain.

Mais, plus que le visage familier, cet Homme de Dieu vivait dans le cœur de nombreux Compatriotes surtout de celles et ceux qu’il a guidés c'est-à-dire donnés des repères pour la vie. En effet, le propre des guides comme le Père Gautier est de continuer, malgré la disparition physique, à vivre en celles et ceux qu’ils ont façonnés.

D’ailleurs notre présence ce samedi atteste de cela comme ces nombreux témoignages à l’égard du Disparu. Oui la République Centrafricaine est reconnaissante au Père Gautier et à travers lui à cette Eglise catholique dans sa mission d’apporter et de conforter l’espérance dans notre Patrie, notre foyer commun, qui peine, depuis tant d’années, à retrouver son unité, sa fraternité sur son sol uni, lesquelles exigent charité c'est-à-dire solidarité.

Il était normal que l’Etat ait honoré de son vivant en 2004 de la médaille de Commandeur dans l’ordre du Mérite Centrafricain, le Père Yves Gautier dont la mémoire vivra et vivra en nous.

Cependant à la mémoire de ce dernier, nous devons aussi garder et pérenniser celles de ces Femmes et Hommes qui ont perdu la vie parfois de façon tragique comme à Fatima, tout simplement parce qu’ils ont voulu rendre   présent le Christ parmi d’autres Femmes et Hommes ou tout simplement parce qu’ensemble, ils honoraient le Christ.

Oui, ne pas oublier !

Que le Père Gautier et celles et ceux qui l’ont précédé reposent dans l’éternelle et divine félicité.