Commémoration de l'Anniversaire du Décès du Président Fondateur Barthélemy BOGANDA

Actualités - 08/04/2019

 

HOMELIE

Messe Commémorative de l'Anniversaire  

Du  Président  Fondateur Barthélemy BOGANDA 

Paroisse Notre Dame de Lourdes

Villeneuve Saint Georges

Samedi 30 Mars 2019

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Rancune et colère : nous voici en terre hélas bien familière. La rancune est une plante bien enracinée dont les fruits sont la colère et la vengeance. Griefs des gouvernants et des nations qui se traduisent en oppressions et en guerres. Les revanches odieuses de certaines communautés ou le spectacle horrible de ce qui s’est passé et qui continu (ex notre pays) encore en sont des illustrations actuelles.

Cette rage de faire payer au centuple l'offense ou le tort, parfois imaginaire d'ailleurs, habite tout autant le cœur des individus. Pour un problème de clôture, c'est la tension. Un arbre coupé suffit à ruiner des années d'amitié. Des affaires d'héritage transforment un deuil familial en affrontements destructeurs. « Il est des choses qui sont impardonnables et qu'on n'oubliera pas », disent les gens. Où bien « é kè tè andè gui na douti koua »

Deux siècles avant Jésus, le sage Ben Sirac prend le contre-pied de ces haines suicidaires. « Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur s'obstine… Pardonne à ton prochain le tort qu'il t'a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis… Pense à ta mort… ne garde pas rancune… et oublie l'erreur de ton prochain » C'est pure sagesse et c'est pure logique : si on demande à Dieu le pardon de ses péchés, il faut, en retour, agir de même à l'égard de ses frères.

Si l'humanité s'enfonce dans la spirale de la violence, des représailles et de la contre-représailles, elle se retrouve très vite devant une impasse. Tant que nous subissons le mal, il n'entre pas en nous. Mais si nous le perpétrons en riposte, alors nous le laissons-nous atteindre. C'est tout aussi vrai dans notre vie privée. Celui qui persiste dans le refus du pardon devient malade.

La seule manière d'arrêter le mal, c'est de pardonner. Ceux qui pardonnent sont des êtres blessés, au plus intime d'eux-mêmes. Ce sont des victimes de coups, des conjoints bafoués dans leur amour, des parents abandonnés par leurs enfants… Longtemps, ils se sont dit qu'ils ne « pourraient jamais » pardonner. Un jour, après bien des tempêtes intérieures, ils ont pardonné. Ils ne veulent plus de mal à ceux qui leur en ont fait. Ils arrêtent à eux-mêmes la violence subie. Ils ont fait plus que donner : ils ont pardonné. Et un jour, il leur sera donné la grâce de sentir le pardon rayonner jusque dans leur sensibilité meurtrie. Oui, ils libèrent l'avenir, alors que le passé les enfermait dans la souffrance.

« Combien de fois dois-je lui pardonner ? » Pierre croit entrer largement dans l'esprit de Jésus en proposant sept fois. Les rabbins ne proposaient-ils pas d'aller jusqu'à trois fois ? La réponse de Jésus est claire. Il n'y a pas de limites. La parabole du débiteur impitoyable nous montre combien nous sommes tous débiteurs à l'égard de Dieu. Le Père nous pardonne parce qu'il aime. De même l'homme doit pardonner à son frère sans calculer. Jésus, par-là, ouvre un climat neuf dans les relations entre les personnes et les peuples : « 70 fois 7 fois » !

Devant ce que notre pays a vécu et continue de vivre où après une énième rencontre grâce au secours des amis de notre pays, on peut se poser cette que question le véritable si le pardon est-il encore possible ?

Humainement c’est impossible ; mais avec Dieu tout est possible

Pardonner veut dire que nous abandonnons notre colère et notre amertume, sans nier le fait que nous avons été blessés. Les blessures prennent parfois du temps pour se guérir. C'est idiot de dire "ce n'est rien". C'est quelque chose ! Et le pardon admet ce fait. "Il m'a blessé, mais... je lui pardonnerai malgré cette blessure."

Pardonner ne veut pas dire qu'il n'y a pas de conséquences. Il y aura, peut-être, des conséquences pour celui qui nous a blessés - notre pardon ne l'absout pas de la responsabilité de ses actes. Mais nous renonçons au droit de nous venger de lui.

 

Pardonner veut dire que nous sommes reconnaissants de ce que nous avons été nous-mêmes pardonnés. Dieu ne tient plus compte de notre péché.

Il se peut que nous soyons tellement blessés par le péché d'un autre que nous nous sentons incapables de le pardonner. En fait, depuis longtemps l'affaire s’incruste dans notre cœur mais nous n'avons jamais pardonné l'autre. C'est maintenant le moment de demander l'aide de Dieu pour vraiment leur pardonner. Demandons-lui qu'il nous donne même le désir de vouloir pardonner.

Peut-être nous gardons toujours de l'amertume ou de la colère contre quelqu'un dans notre cœur c'est maintenant le moment de confesser notre péché et, encore une fois, de demander l'aide de Dieu pour vraiment pardonner.

Si nous savons que quelqu'un a quelque chose contre nous c'est maintenant, devant Dieu, le moment de penser à être réconciliés. Prenons la résolution de mettre ces choses en ordre si cela compte vraiment pour nous.

Et comme disait N. Mandela : « vous obtiendrez plus vite dans ce monde avec le pardon qu’avec des actes de représailles » ou encore « pour faire la paix un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé ».

Oui que le Seigneur nous accompagne dans cette démarche ; que l’esprit de notre père fondateur nous inspire pour un Centrafrique réconcilié. Amen

 

Abbé Philibert TADO- YAMO